jeudi 7 janvier 2016

Fondation – la violence et le sacré



Nous avons sacrifié les dieux
Sur l’autel de nos rires
Et de nos stylos comme épieux
Porté la fête jusqu’au délire.

La poussière rouge de leur gloire
Nous l’avons porté à nos lèvres,
Nous avons écrit notre histoire
Des lambeaux salés de leur rêves.

Ce qu’hier, ils ont fait
Des pierres et des livres antiques
Ils nous le compte comme méfait
Nos nouveaux rites initiatiques.

Notre religion est liberté
Et nous communions à dessein,
Dans la plus grande volupté
De la chair et du sang des saints.

Notre seul crime sacrilège
Fondant notre civilisation
Est de confondre les fadaises
Des affamés de tradition.
  

Certains débatteurs ont qualifiés les manifestants du 11 janvier 2015 de « crypto chrétiens » venant défendre dans la rue le droit d’insulter la foi d’autrui. Ce point de vue est intéressant, j’étais à ces manifestations et ma mère qui est revenue du Portugal, une grande croix d’argent autour du cou, se mettant à revendiquer ses racines judéo-chrétiennes pour s’opposer à l’islam, pourrait être qualifiée de crypto-chrétienne, mais elle n’y était pas. Elle existe cependant et cette tendance aussi. Pour ma part, pour défiler, je n’ai pas ressorti la médaille de mon baptême et n’ai nul envie du retour de la religion chrétienne dans l’esprit de nos concitoyens pas plus que l'installation d'une foi foutraque, née il y a 1400 ans en Arabie et dont l’intérêt civilisationnel reste à démontrer. Et les personnes qui m’ont accompagné ne désiraient insulter personne. Que s’est-il donc passé le 11 janvier ? Avons-nous défilé pour avoir le droit d’insulter la religion d’autrui ?
Bien plus qu’un christianisme, de crypte ou non, un athéisme assumé m’irait bien, sans nihilisme, assumant que la vie a le mérite d’exister et si elle n’est pas la preuve de l’existence de dieu, elle est au moins la preuve de la nôtre et qu’a défaut d’avoir un sens révélé, on pourrait lui en donner un nous-même avec certes un peu d'effort mais pas tant que cela. Il suffirait d’utiliser le beau, l’amour et le savoir, qui sont trois valeurs ayant l’avantage d’être trois, n’oublions pas le marketing, et de remplir la vie sans trop de danger et d’autre chose que du vide dont nous sommes remplis. Certes l'autre, l'aimé est tout aussi vide que nous mais comme en mathématique l’ensemble des ensembles n’est pas vide car il contient au moins l’ensemble vide. Ainsi si la vie de l’aimé n’a pas de sens, la vie de l’aimant a pour but la vie de l’aimé. Et à tout prendre, c’est déjà quelque chose.
Pour voir les choses de manière dynamique, nous sommes passés d'une multitude de Dieux symboliques, à un seul dieu, tout aussi symbolique, la logique de cette voie du dénuement, est de se débarrasser des derniers dits uniques et pourtant beaucoup trop nombreux qu’ils nous empêchent de cohabiter tranquillement.  Qu'ils sont bruyants, ces voisins du dessus, ils pourraient enlever leurs talons aiguilles. 
Plutôt que d’assister à la victoire d’un seul dieu, quel qu’il soit dans le sang, la solution la plus simple est de se débarrasser du sien en attendant que tout le monde fasse pareil, dans une logique pacifiste : avant de rentrer en négociation, je pose mon arme au vestiaire. Nous pourrions donc voir la France, aux églises vides et aux cuisines débordantes d’activité, comme le premier pays initiant un nouveau cycle. La cuisine est un lieu de culture du bon en commun qui pourrait précéder le beau… qui lui est très mal en point compte tenu de l’enlaidissement général de nos villes. Je ne sais si le savoir à la cote mais dans mon petit milieu, on parle souvent de philosophie, bien plus qu’avant en tous cas, ou alors j’ai vieilli tout simplement. Quant à l’amour, ce point est tellement personnel qu’il est difficile de s'en faire une idée générale de son réel intérêt. Pour ma part, je suis pour.
     
Le 11 janvier, point de départ, point final ? Dans les processus de création d’une civilisation, René Girard (ce que je crois en savoir et je n'en sais pas grand chose) parle d’un sacrifice fondateur – Celui s’Abraham, de Moïse, Socrate ( ?), le dernier des sacrifiés venant clore le cycle, Jésus, sacrifié consentant se sachant innocent si on oublie entre autre Martin Luther king, Louis XVI, Gandhi (cherchez l'intru)… Dans les sacrifices, si j’ai bien compris, le sacrifié se doit d’être innocent, pour qu’il ne devienne pas un simple condamné pour faute mais le ciment du groupe, d’assassins ou d’autres innocents, dont le sacrifice actuel se justifie eu égard au sacrifice passé. Je n’ai pas la capacité de trancher ce point. Car au contraire de Moïse qui sacrifie les adorateurs du veaux d’or – désignés coupables, d’Abraham qui sacrifie son fils, et puis non, un bélier passant par-là, innocent, chez les chrétiens, il est difficile de trancher qui des bourreaux-assassins et des innocents ont fondé une civilisation. Constantin est héritier de l’Empire, le bourreau, mais les chrétiens sont plutôt fils des rebus de l’empire, femmes, esclaves, donc innocents, se regroupant derrière leur semblable, un dieu, mort innocent comme le dernier des derniers. Un dieu de la multitude contre les dieux des forts, des guerriers… Le pouvoir récupère tout, et je parierai bien que les bourreaux cachés au milieu des innocents ont escamoté la civilisation pendant longtemps jusqu’à la réapparition bien que très timide de la jolie valeur d'égalité.

Le sacrifice - ils se savaient menacés - des créateurs de Charlie est-il de nature à créer une civilisation ? Ils étaient innocents, de simples dessinateurs et leurs propos n’étaient pas plus insultant envers les croyants que la multitude des textes des croyants vis-à-vis des athées ou des uns vis-à-vis des autres. Et ils sont insultant vis à vis des terroristes que des croyants d'ailleurs, mais pour cela il faut savoir lire. Leur tort est qu’ils sont très efficaces, vu qu’il est difficile de se moquer de croyances qu’ils, - les caricaturistes -  n’ont pas et par là ils empêchent toute réciprocité verbale « Ah, votre dieu est nul, il est mort comme un faible » « Ah votre prophète, c’est du flanc, c’est juste l’Alexandre le Grand de l’Arabie, pff ». Ils mettent tout le monde d’accord contre eux « Vos assurances vies sont des contrats sans cause, juste ridicules » . Je sais le côté « c’est lui qui a commencé » est un peu faible, mais… l’insulte commence toujours là où on veut la voir commencer. Les juifs insultaient les nazzis par leur seule existence et il en est ainsi de tous les innocents qui ont croisés des abrutis armés se sentant investis d’une quelconque vérité ou supériorité, et souvent les deux, de toutes les origines possibles. Me voilà donc avec une comparaison, qui vaut ce qu’elle vaut mais qu’il me paraît intéressant à réfléchir… Pouvons nous fonder une nouvelle religion basée sur l'humour ? Pour l'église, le monument pour se rassembler, on a déjà le sacré coeur qui est une caricature...

Ecrivons les saintes paroles de Charb, Cabu , Wolinski, Maris - ils en ont déjà laissé beaucoup -  et des autres, 4 évangiles, c’est plutôt bien… Les douze apôtres sont trop nombreux, je ne me souviens jamais des symboles, à part Barthelemy grâce à Michel-Ange. Un slogan : "Moquons nous les uns les autres comme nous rions de nous-mêmes, avec amour".

On a 40 ans pour commencer à fabriquer une légende.

Je pose mon caillou à défaut de pierre avec ce poème.

Longue vie au rire.

lundi 4 janvier 2016

Prière



Ô ma déesse
Ma forteresse
Protège moi
De moi-même
De la lucidité qui gagne
Comme l’ombre
Et la nuit
Garde moi
Dans la lumière de ton regard
Dans l’éblouissement
De mes illusions.
Que ma nature de poussière
Ne s’insinue dans mes poumons.
Ô lumière de ma naissance
Feu de mes folies
Toi qui  me conserve en vie
Protège moi de ma raison.

jeudi 17 décembre 2015

Valse automnale



Dans les feuilles mortes de l'allée
Elle marche, elle et ses pensées
Le soleil joue des jaunes et des marrons
Avec sa joie et sa peur de l'abandon.

La lumière se double d'une autre lumière
Fusant du cœur et de ses yeux clairs
Du nom même du rayon de soleil
Brûlant et froid comme le ciel.

Plus vaste que le monde est son esprit
Plus sombre et plus amer aussi.
Mais les rouges et jaunes de l'automne
Vibrant au soleil la console.

Et les deux lumières se mariant
La ramènent en souriant
Au ballet des feuilles que le vent
Soulève sous ses pieds dansant.



For AAA



For AAA

mercredi 9 décembre 2015

Dimanche, allez voter

L'idéalisme a encore frappé. L'idéalisme de la race arienne a donné le nazzisme, celui du partage des moyens de production a donné le communisme. L'idéalisme est un poison de l'esprit humain. L'idéalisme phanstamatique est celui qui vous pousse à cracher sur l'être que vous aimez parce qu'il (elle pour moi en l'occurrence) ne correspond pas à une gravure de mode, une star, un people. Comme le chante si bien le poète "Nous avons pour plaire à la brute digne vassal des démons, insulté ceux que nous aimons et flatté ceux qui nous rebute" (Charles Baudelaire).

J'ai la chance de participer à une formation où je côtoie beaucoup de trentenaires. Pour la première fois depuis mon lycée privé où j'ai dû supporter quelques fils de bourgeois ultraréac, je rencontre des gens qui disent nous, en parlant du Front National. Des trentenaires qui refusent de soutenir les partis de démocrates parce qu'ils mentent aussi. Et j'ai peur... je croyais que le même rempart qui a maintenu Le Pen père hors des pistes de la république en 2002, le ferait aussi pour sa fille en 2017, que les gens si ils avaient le choix entre un parti certes peu vertueux et un parti marchant aux hallucinogènes (retour de la retraite à 60 ans, 200 euros de plus par mois pour les bas salaires pour un pays ruiné, rien de plus facile... pour ne reprendre que les plus récentes élucubrations de Mme Le Pen), choisiraient le moins pire. Je crains que nous n'ayons plus cette sagesse et qu'aujourd'hui si on nous donne le choix entre la peste et un gros rhume, le pays est prêt pour la peste, simplement parce que nous n'avons plus l'intelligence de supporter un gros rhume.

La démocratie n'est pas un système parfait, surtout pas la démocratie française, mais de là à ne pas souhaiter y participer parce que cela veut dire cautionner un système défaillant et laisser parvenir le pire -  les extrêmes - au pouvoir est le signe d'une crise intellectuelle et morale calamiteuse. Ces "jeunes", adultes, parents, sont des enfants gâtés qui ne se sont battus pour rien, si ce n'est pour eux-mêmes, dans un combat certes très difficile contre le chômage mais pour rien d'autre qu'eux-mêmes. Ils n'ont pas investi les partis, les syndicats pour changer leurs modes de fonctionnement. Ils sont en dehors du monde et n'ont même pas conscience que le monde va les rattraper. Ils attendent que le monde change comme Apple sort un nouveau Ipad, sans effort, sinon celui de l'acheter. Ils n'ont aucun espoir de changement, aucune solution mais sont prêts à l'aventure pour leur pays - un pays où vivent leurs enfants - simplement parce qu'ils ne se résignent pas à ce que la vie soit non pas le choix du meilleur, mais le choix du non-pire. Comme ils n'ont pas le paradis, ils se persuadent que l'enfer leur sera indifférent.        

Pauvres enfants gâtés, où avez-vous vu que les hommes politiques devaient être honnêtes, ils se battent comme des chiens pour eux et accessoirement leurs idées et certains pour leurs idées et accessoirement pour eux. Où avons-nous vu que les hommes politiques étaient moins vertueux que ceux que nous côtoyons dans nos entreprises, qui truquent les bilans, font des campagnes publicitaires "respectueuses de l'environnement" pour des produits polluants, marchent sur leurs collègues pour monter. Ils sont l'exacte réplique de la société. Qui peut réellement se prévaloir de vivre dans une microsociété plus vertueuse que celles des politiciens ? Qui n'a pas une amie s'étant faite larguée par un tweet. Je ne vote pas par certitude de l'honnêteté d'un tel ou d'une autre. Comment le saurai-je ?  Qui peut sans s'étoufer croire à l'honnêteté de Mme Le Pen, son père, peut-être ?  Je vote, me basant sur mes connaissances historiques, qui ont démontrées qu'il n'y a rien à attendre des extrêmes que du sang, de la boue et des larmes.   

Le mensonge est un des fondements de la vie en société. Appelons le la gestion de la communication, ou la gestion des émotions, les nôtres et celles de notre interlocuteur. Nous ne devons la vérité qu'à ceux qui ont une légitimité à l'obtenir et encore avons-nous le droit de gérer nos émotions. Il n'est pas utile de répondre à la femme qu'on aime, qui nous demande "A quoi penses-tu ?" la vérité suivante "La jeune femme qui passe est juste craquante" et d'autant moins si notre conscience du ridicule, de la chienlit que constitue l'adultère, ferait que même notre femme absente, nous irions non pas aborder la jeune femme en question, mais rêver à notre merveilleuse épouse en contemplant dans un musée ou une cathédrale, des représentations de la femme absolue : la vierge Marie - pur phantasme et mère et vierge, phantasme totalement inintéressant d'ailleurs pour l'homme moderne, mais qui a donné les plus merveilleuses représentations qui soient, conscient que l'idéalisme doit rester au rang du rêve et de l'art. Rien ne nous oblige à cette vérité désagréable pour la femme aimée car elle n'a aucune utilité. Le mensonge, la gestion de la communication est nécessaire à l'amour, à l'amitié, aux relations humaines, à la politique...

Et ce n'est pas un problème. La vie est comme cela et il nous faut l'accepter. Être adulte, être responsable, c'est travailler sa lucidité et accepter le réel. Et répondre réellement, sur notre faiblesse et notre petite liberté et utiliser ce peu de liberté, la seule chose dont nous soyons responsables. Ce n'est pas faire "d'une imperfection du monde", qui est en fait un équilibre éthique difficile à trouver entre le besoin de gérer des émotions primaires et le besoin de confiance et donc de vérité, un problème, comme un enfant fait un drame d'un rien par manque de recul. Car il n'y a pas de solution. Un problème qui n'a pas de solution, n'est pas un problème, c'est une contrainte. A court terme, il nous faut faire avec.

La mort est une très vieille contrainte de la vie, elle a été transformée en problème. Certains lui ont inventé une solution : les religions, qui elles, pour le coup se sont réellement transformées en problème. Il est infiniment plus sage d'accepter notre insignifiance et notre finitude, que d'inventer des utopies - une démocratie parfaite - dont nous savons qu'elles se transforment toutes en enfer.

Si vous croyez vraiment que Mme Le Pen va apporter des solutions, votez pour elle - jusqu'à preuve du contraire, elle respecte les institutions - mais choisissez, ne vous comportez pas comme des enfants boudeurs, déçus de n'être que ce que vous êtes ! Presque rien. Car nombreux restent ceux qui veulent vous transformer de presque rien, à rien. Dans ce presque, il y a tout un infini et beaucoup du plaisir de vivre.

Dimanche, faites un choix, le vôtre, allez voter.

lundi 7 décembre 2015

Regrets


Amour, pourquoi t’ai-je donc goûté
Tout me paraît fade à présent,
Dieu, le monde et la beauté,
Tout me laisse, indifférent. 
 
Que n’ai-je su t’écouter
Quand tu me mettais à feu, à sang,
J’aurai dû tout te donner
Et me voilà un mort-vivant.

Qu’est-ce vivre ? Sinon t’obéir à la lettre ?
J’ai eu peur et je n’ai pas osé,
Et me voilà traité
En traitre.

J’attends que tu veuilles bien revenir
Remettre la lumière dans ma vie
Mais je n’ai que des souvenirs
Et le jour est semblable aux nuits.

mardi 1 décembre 2015

Promenade

La porte du jardin
Dans son cadre disjoint
Envahie par le lierre et la vigne
Se tait, se cache, mais se devine.

Il faut en pousser la porte
Et bien qu'un grincement en sorte
Entrer là à pas feutrés
Entre les roses et les pommiers.

L'herbe dans les allées
Fraiche et humide sous les pieds
S'affole, s'amine et se sauve
Comme à l'arrivée d'un fauve.

Le regard suit la vie fuyante,
Des fleurs aux feuilles, des feuilles aux plantes
Nous amène sans le deviner
A nous perdre dans les bosquets.

Le vantail est entrouvert
Sur le beau jardin désert,
De notre visite passée
Ne reste qu'une touffe d'herbe froissée.